Macédoine, la dangereuse escalade

Nikola Gruevski

Que se passe-t-il en Macédoine ? Alors que le pouvoir est aux prises avec une contestation grandissante, des incidents armés se sont produits, le week-end du 9 et 10 mais, à Kumanovo, dans le nord du pays, plus précisément dans le quartier de Divo Naselje à forte majorité albanaise. Les autorités ont annoncé que la police avait longuement affronté un « groupe armé venu d’un pays voisin », combats qui auraient coûté la vie à 22 personnes (dont 8 policiers), selon le communiqué annonçant la fin de l’intervention.

Mais peu de détails sont livrés par Skopje sur ce mystérieux groupe. Tout juste est-il précisé qu’il s’agit de « l’un des plus dangereux groupes terroristes de la région », et quelques noms des principaux chefs ont été livrés.

La coïncidence entre cet évènement et le climat politique actuel soulève des interrogations chez les observateurs – journalistes comme universitaires – avertis de la Macédoine. La scène politique est fréquemment, ces derniers mois, ébranlée par les révélations du leader de l’opposition social-démocrate sur le pouvoir en place : Zoran Zaev livre ainsi des enregistrements compromettant pour le Premier ministre Nikola Gruevski (photo) et son premier cercle, mettant en cause dans un même élan le chef des renseignements Nikola Mijalkov. Corruption, musèlement des médias, les griefs ne manquent pas pour une opposition qui demande la démission du gouvernement et qui appelle à un grand rassemblement le 17 mai prochain.

Mais déjà les manifestations sont quotidiennes, et souvent réprimées. Les autorités ont-elles délibérément allumé un contre-feu ethnique pour détourner l’attention de l’opinion publique, comme le suggère l’opposition ? Difficile à établir dans les faits. Reste que ces évènements perturbent l’agenda des opposants et que ces annonces peuvent avoir un effet désastreux dans une société macédonienne de plus en plus clivée.

Si des partis albanais se trouvent tant dans la majorité que dans l’opposition, au sein de la population, le repli sur soi est la règle, un repli émaillé d’incidents interethniques, avec des pics de violence, comme au printemps 2012. « Les villages sont mono-ethniques, les quartiers des villes de plus en plus ségrégués et Albanais et Macédoniens ont de moins en moins d’occasions de se rencontrer », relève ainsi Jean-Arnaud Dérens sur RFI.

Tous ont en mémoire 2001 et les six mois de conflit entre Skopje et une guérilla revendiquant plus de droits pour les Albanais (L’UCK-M), sur les cendres du conflit kosovar. Aussi, dès les premiers affrontements de Kumanovo, les messages d’apaisement se sont multipliés au sein de la communauté albanaise de Macédoine. L’Union européenne (lire ici la déclaration du Commissaire à l’élargissement) et l’Otan – qui avait eu affaire à l’UCK-M il y a 14 ans – ont eux fait part de leur vive préoccupation.

Que le Premier ministre, dans la poursuite de sa dérive autoritaire, exploite l’incident ou non, ces évènements ont remis sur le devant de la scène les lacunes des accords d’Ohrid, signés en 2001, concernant les droits des Albanais de Macédoine, les tensions toujours latentes avec la police dans certaines régions, et la difficulté, de plus en plus marquée, pour les journalistes d’exercer leur métier. (Photo : European People’s Party, CC)

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