Russie/OTAN : la Serbie sommée de choisir

Boris Tadic

La visite du premier ministre russe, Vladimir Poutine, à Belgrade, ce 23 mars, n’avait rien d’une escale de politesse à l’endroit des cousins slaves. Moscou est venue réaffirmer les liens qui unissent les deux pays. Des liens qu’une adhésion de la Serbie à l’OTAN pourrait sérieusement dégrader, repoussant encore un peu plus la sphère d’influence du Kremlin dans le sud-est de l’Europe.

La Serbie est donc sommée de choisir, et ce, en dépit d’un réchauffement des rapports entre la Russie et l’OTAN, concrétisé lors du sommet de Lisbonne, en novembre dernier. Même si le gouvernement serbe a démenti toute volonté d’adhésion à l’Alliance atlantique, il s’est réjoui de recevoir sur son sol la prochaine conférence de celle-ci, au mois de juin. Or Moscou a déjà accepté, à contrecœur, et souvent en marquant fortement son opposition, l’adhésion de nombreux pays qui constituaient auparavant ce « glacis » si cher à Staline. Quelques jours après la visite du vice-président américain Joe Biden en Russie, et un rapide passage en Moldavie, point convergent des sphères d’influence occidentale et russe, celle de Poutine en Serbie sonne donc comme une  réponse. Et ce dernier souhaite ardemment que le gouvernement serbe prenne une décision ferme sur « la voie à suivre ».

Mais cette venue est aussi l’occasion de séduire. De chaque côté d’ailleurs. Comme le précisait Balint Pastor, membre du comité des affaires étrangères du Parlement, au journal Danas (traduction disponible sur le Courrier des Balkans), il fallait avant tout ne pas répéter « les erreurs commises par la politique étrangère serbe », et reconsidérer l’aide que peut apporter le « grand frère » russe. La rencontre entre les deux délégations s’est d’ailleurs conclue par la signature d’une série d’accords, prévus de longue date, portant sur le tourisme, les transports, les sciences ou encore l’énergie. Le projet de gazoduc South Stream, qui courrait de la Russie jusqu’en Italie et en Grèce, via la mer Noire et les Balkans,  a été, une nouvelle fois, évoqué. Son édification, qui débutera en 2013 en Serbie, est attendue avec impatience par les élites politiques serbes.

Mais l’annonce la plus éloquente est sans doute la proposition de médiation dans les pourparlers entre Belgrade et Pristina, alors même que celle-ci est assurée par l’Union européenne. La Russie a précisé que ces discussions constituaient pour elle « un droit souverain du peuple serbe de choisir la manière de régler ses affaires ». Façon subtile d’évoquer, précisément, la souveraineté serbe sur le Kosovo, que Moscou refuse de reconnaître comme un état indépendant. Et d’évoquer, comme au lendemain de la guerre du Kosovo, son respect scrupuleux de la résolution 1244 du 10 juin 1999, dont le chapitre 10 garantit aux populations kosovares « une autonomie substantielle au sein de la République Fédérale de Yougoslavie », dont l’héritière juridique n’est autre que la Serbie. Une rhétorique récurrente, qui joue habilement sur la fibre nationaliste. Et comme si cela ne suffisait pas, le premier ministre russe s’est rendu à Belgrade le jour anniversaire du début des bombardements de l’OTAN sur la ville.   (photo : Demokratska Stranka, CC)

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Comments
2 Responses to “Russie/OTAN : la Serbie sommée de choisir”
  1. Mirkovic dit :

    C’est pas un problème que la Russie rend visite à la Serbie pour des raisons amicaux! Si la Russie veux apporter son aide à la Serbie pour le Kosovo est une bonne chose… Choisir entre les deux est un peu bizard pour moi…

  2. M.E dit :

    Bonjour Mirkovic,

    Je ne dis pas que c’est un problème. Mais Vladimir Poutine a fait savoir assez clairement que la Serbie devait faire connaître son choix quant à une possible adhésion à l’OTAN. C’est un sujet qui revient souvent entre les deux pays, même si l’opinion publique serbe y est largement opposée, ce qui peut parfaitement se comprendre.

    De l’autre côté, Anders Fogh Rasmussen, secrétaire général de l’OTAN, multiplie les appels du pied en faveur d’une candidature serbe, et si on regarde la carte actuelle des Balkans, de nombreux pays ont adhéré ou vont adhérer à la communauté euro-atlantique.

    Les élites politiques sont plus sensibles, sans doute, au discours occidental que la population. Et Moscou le sait bien. Les déclarations concernant le Kosovo, sans mettre en doute la sincérité se celles-ci, ainsi que les rappels aux bombardements de l’Alliance de 1999, ont aussi pour objectif de contenir toute tentation politique de se rapprocher de l’OTAN.

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