Ce que reproche Belgrade à Jovan Divjak

Arrêté à Vienne en Autriche, le 3 mars dernier, le général Jovan Divjak, 74 ans, est l’archétype du héros bosnien : un serbe qui a pris fait et cause pour la défense de Sarajevo, alors que l’armée yougoslave commandée depuis Belgrade, essayait d’en faire le siège entre 1992 et 1995. Depuis, l’ancien militaire s’est engagé auprès de la jeunesse de son pays, à laquelle il offre quelques perspectives d’avenir au travers de l’association « L’éducation construit la Bosnie-Herzégovine ».

Mais la Serbie voulait le voir comparaître pour « crime de guerre ». Belgrade l’accuse d’avoir fait tirer sur une colonne militaire de la JNA (Armée populaire yougoslave), tuant une quarantaine de soldats, alors que celle-ci se retirait de l’une de ses casernes de la capitale bosnienne(en direction de Lukavica), le 3 mai 1992, quelques jours après un cessez-le-feu conclu localement. Un épisode de la guerre connu comme « l’attaque de Dobrovoljacka », du nom de la rue qui a vu se dérouler les combats.

Pour le gouvernement serbe, il y a une infraction claire aux lois et coutumes de la guerre, puisque le contingent se retirait et ne représentait donc pas une menace pour les Forces de défense territoriale bosniennes. Le général Duvjak, selon une interview publiée l’année dernière, conteste cette thèse sur plusieurs points :

(photo : UOC_Universitat, CC)

– Tout d’abord, il n’aurait pas été véritablement à la tête des Forces de défense bosniennes au moment de l’attaque. Des forces créés à la  suite de la déclaration d’indépendance, le 1er mars 1992, qui se caractérisaient par un manque d’organisation à leur tête.

–  Ensuite, Jovan Djivak n’exclut pas des actes isolés, dû précisément à ce manque d’organisation. Le fait est que le convoi transportait le président bosnien Alija Izetbegovic, arrêté par les Serbes à l’aéroport de Sarajevo. Une tentative désespérée de le récupérer, alors que sa libération était prévue en échange, précisément, du  sauf-conduit des soldats serbes en dehors de la ville, a été évoquée par le général Divjak. Il n’y a pas eu en tout cas, pour lui, d’ordre émanant du commandement en ce sens. Une version difficilement vérifiable.

– Il remet en cause, en outre, le nombre de morts qu’il estime autour d’une dizaine. Le général Kukanjac, qui dirigeait alors les soldats serbes lors de leur retrait de Sarajevo, évoquait en 2002 entre six et huit morts. Loin de la quarantaine avancée par Belgrade aujourd’hui.

– Les Serbes, la veille de leur départ, auraient tenté de saboter les défenses bosniennes dans la capitale, appuyés par des bombardements nocturnes.

Selon les nombreux soutiens que compte Jovan Divjak à Sarajevo, mais aussi dans toute l’Europe, il s’agit surtout de lui faire payer « sa traîtrise ». Mais il convient de préciser que la Justice bosnienne a également ouvert une enquête sur ce qu’il s’est passé, rue Dobrovolijacka, le 3 mai 1992. Enfin il est à remarquer que ces dernières années, Belgrade s’est montrée très entreprenante dans ses poursuites judiciaires au niveau international, à propos des guerres de Croatie et de Bosnie. Des évènements de Dobrovoljacka (pour lesquels elle poursuit 19 personnes) à l’opération Oluja croate d’aout 1995, les plaintes se sont multipliées.

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